...Jack

Tortuga. L’île de la tortue. L’auberge. Je suis ici depuis des mois. J’ai perdu toute notion de temps, toute notion de l'homme que j'étais. Jadis. Il y a une éternité .Je porte la bouteille de rhum à mes lèvres sans même m'en rendre compte, des années d'habitude derrière moi.

 

Et à présent il n'y a plus personne pour brûler le rhum. Plus personne pour penser que je suis quelqu'un de bien. Je suis seul ... je n'ai même plus mon équipage, mon précieux Pearl non plus, du reste. Je ne vais plus nulle part maintenant, je suis... Fatigué. Bien sûr je pourrais tenter de récupérer mon navire, je l'ai déjà fait mais à quoi bon ? J’ai perdu mon horizon, j'ai perdu ma vie, je n'ai plus rien ... Je rebois une gorgée de rhum ...et je fredonne cette chanson.

 

« Nous sommes les pirates, les forbans. »

 

Mon voisin me regarde bizarrement. Il ne sait pas qui est en train de se saouler à côté de lui. Je lui fais mon sourire carnassier. Une habitude. Je suis le Capitaine Jack Sparrow, savvy ! Je suis l'homme qui a mis à sac le port de Nassau sans tirer un seul coup de feu ! Je suis un pirate, un maudit pirate. Du moins je l'étais, avant.

 

Et une gorgée de plus. Et personne pour m'arrêter. Autour de moi les voix enflent toujours, les histoires succèdent aux histoires, et de temps à autre quelqu'un raconte ma légende... Sans savoir que le fameux Jack Sparrow est justement là, dans cette auberge à essayer désespérément de se saouler. Quelquefois, j'ai envie de me lever et de mettre fin à tout ça en leur disant qui est vraiment le Capitaine Jack Sparrow. Mais ça ne les intéresse pas. Ce qui leur plait en Jack Sparrow c'est l'homme qui a réussi à quitter une île déserte en s'accrochant à des tortues de mer ... Ou celui qui tout seul a affronté le Kraken et en est ressorti victorieux... Je suis le pirate dont parlent les livres, mais les livres ne racontent pas les blessures, les livres ne racontent pas les vraies histoires ...

 

Et une bouteille de rhum, je fais signe à la fille de me remettre ça... Il y a toujours du rhum à présent. L’avantage des auberges sans doute. Je me demande où est mon Pearl. Mon précieux navire. Il fut un temps où j'aurais fait n'importe quoi pour le récupérer et à présent j'ignore même où il se trouve. Et si j'en suis arrivé là c'est à cause d'une femme.

 

Ma Lizzie... Jamais je n'aurais pensé qu'un jour je pourrais aimer, surtout une femme comme elle. Je me souviens de la première fois que je l'ai vue. J'étais venu à Port Royal réquisitionner un navire comme tout bon pirate qui se respecte et alors que je manipulais habilement les stupides gardes de la navy en les régalant d'une de mes fameuses histoires, une jeune fille est tombée du haut des remparts. Je n'ai jamais cautionné une mort inutile aussi ai-je plongé pour la secourir. Je me rappelle avoir songé que la demoiselle devait être de bonne famille au vu de la lourdeur de ses vêtements. Et puis je l'ai sortie de l'eau. Je l’ai libérée de son corset et dévoilé le médaillon qu'elle portait. J'ai reconnu instantanément ce dernier, l'or maudit des aztèques, la malédiction légendaire de la Muerta... Et donc le moyen de récupérer mon navire...

 

Puis, j'ai croisé ses yeux à elle. Mélange de peur et d'interrogation, et avant que j'ai eu le temps d'en apprendre plus ce fichu commodore Norrington était sur moi ... Je m'en suis sorti facilement en prenant la donzelle en otage, j’ai joui de la crispation de Norrington alors qu'elle se voyait obligée de m'habiller. La chaleur de son corps contre le mien me plaisait, tout comme la fille en elle-même. Elle savait qui j’étais, un pirate condamné pour des crimes mais pourtant elle n'avait pas peur de moi. Au contraire, elle a trouvé assez de courage pour m'insulter ...et ça m'a plu ... ça m'a beaucoup plu « le crapaud et la blanche colombe ... » comme je lui ai dit avant de prendre la poudre d'escampette. Mais à la suite d'un mauvais concours de circonstances causé principalement par William Turner et son stupide sens de l'honneur je me suis retrouvé enfermé dans les geôles de Port Royal.

 

William Turner, l'unique rejeton du Bottier. Le seul qui avait le pouvoir de briser la malédiction dont étaient victimes les membres de l'équipage du Black Pearl... Will, si jeune si naïf, si amoureux. Comme toujours quand je pense à lui, je ressens le besoin urgent de me saouler. Le petit a bien des raisons de m'en vouloir, je suis responsable de son geste si je n'avais pas été là… Il … Non, je ne veux pas penser à ça. Pas maintenant.

 

J'ai mal... Si mal, et je sens la boule familière remonter dans ma gorge... Et mes yeux me brûlent ... mais je ne peux pas me laisser aller. Non !! Les pirates ne pleurent pas. Et je suis un pirate. Un maudit pirate savvy ? Du rhum ... c'est du rhum qu'il me faut. Boire encore, boire toujours plus. Jusqu’à tomber, jusqu’à réussir enfin à oublier quelques heures cette souffrance qui ne me lâche plus ... Mais j'ai beau essayer, je n'arrive pas à fuir mon passé, je ne cesse de penser à tout ça...

 

Ma rencontre avec Will, notre combat. Son stupide sens de l'honneur. Puis, après que ce fichu Commodore Norrington ait réussi à me mettre sous les verrous, le soir même de ma rencontre avec Will et Elizabeth, j’ai vu débarquer à Port Royal ce qui était ma raison de vivre depuis plus de dix ans. Le Black Pearl. Mon navire, ma liberté... Et j'ai su pourquoi ce chien de Barbossa était là... À cause du médaillon de la fille que j'avais sauvée un plus tôt dans la journée et qui m'avait valu d'être là ... Comme toujours j'avais raison. Après avoir mis à feu et à sang la ville, Barbossa et ses hommes sont partis en emportant le médaillon et la fille. C'est là que le jeune Turner s'est souvenu de moi. L’infâme pirate qu'il avait essayé de tuer. C'est qu'il était prêt à tout pour sauver la donzelle. Même à sortir un pirate de prison, et à s'allier avec lui ... Et moi lorsque j'ai réalisé qui il était, j'ai immédiatement su qu'il était le moyen de récupérer mon précieux navire ... Je l'aide à sauver sa donzelle, il m'aide à récupérer mon navire. Un échange de bons procédés...

 

Bien entendu, je ne lui ai pas fait part de mon excellent plan. Trop risqué. Il ne devait pas savoir à quel point l'affaire me touchait personnellement ... Et bien sûr il a récupéré sa donzelle, me laissant pour mort tant il était pressé de partir avec elle et peut être aussi d'être le seul à la sauver... Mais il m'a sous-estimé ... le jeu ne consiste pas à avoir les meilleures cartes. Non en vérité le gagnant est celui qui sait utiliser ses cartes au moment le plus opportun, c'est ce que Will n'a jamais compris. Son impatience et son manque de réflexion m'ont valu de me retrouver une nouvelle fois abandonné sur une île par Barbossa. À une différence près cependant, je n'étais pas seul, j'avais une compagnie de choix. La fille du gouverneur de Port Royal, la très honorable Miss Swann ...

 

Sauf qu'une fois sur l'île je me suis rendu compte que la jeune fille n'était pas si lisse que sa naissance le laissait supposer. Elle connaissait des chansons de pirates ... et elle dansait autour du feu, accrochée à mon bras. Ce là, je me suis amusé comme je ne l'avais pas fait depuis des années. Je me suis confié aussi. Je voulais tellement qu'elle me connaisse, qu'elle m’apprécie… Cette nuit-là je voulais la séduire et non la prendre comme l'aurait fait tout autre pirate avec toute autre fille... Cette nuit-là , un instant j'ai oublié mon Pearl, mon but. Puis, je me suis bêtement, stupidement endormi... Et le lendemain ... c'est l'odeur qui m'a réveillé. Même encore maintenant je ne peux pas penser à ce moment sans sourire.

 

Moi, le Capitaine Jack Sparrow, je m'étais fait rouler comme un débutant par une gamine. Elle m'avait laissé me saouler et fait semblant de boire… Puis avait profité de mon ivresse pour brûler tout ce bon rhum ! Et comble de l'humiliation son plan a marché... Nous nous sommes faits ramassés par la Navy, et là, la donzelle a encore forcé mon admiration en acceptant d'épouser l'emperruqué pour qu'il sauve son précieux Will ... Le tout en omettant bien sûr de le mettre au courant du danger auquel il allait s'exposer. Je crois que c'est à ce moment-là que je suis tombé amoureux d'elle. Bien sûr il m'a fallu du temps pour l'admettre mais pour la première fois je rencontrais une femme qui, je le savais, me ressemblait et qui peut être me comprenait un peu ....

 

Et une fois encore son plan a marché, elle a sauvé son cher William et je me suis retrouvé sur le point d'être pendu. Jusqu'à ce que Will ne s'interpose entre le bourreau et moi et ne saisisse l'occasion de dévoiler ses sentiments. Ce jour-là ils m'ont sauvé la vie. Tous les deux William et Elizabeth. Et moi j'ai retrouvé mon Pearl, les laissant assumer les conséquences de leurs actes. Je suis parti sans regarder en arrière et sans regrets. Je rebois une grosse gorgée alors que je me mens à moi-même... Sans regrets ? Non ... j'aurais dû être heureux, j'avais enfin récupérer mon navire mais pourtant au bout de quelques mois j'ai dû me rendre à l'évidence je ne l'étais pas autant que je l'aurais dû.

 

De plus en plus souvent, je revoyais le visage d’Elizabeth, son joli sourire et je rêvais, je rêvais à cette nuit sur l'île qui aurait pu être si différente si je n'avais pas bu à ce point ... Puis un jour j'ai appris que la fille du gouverneur de Port Royal allait épouser son ami d'enfance, le petit forgeron. Will. Ce soir-là je me suis offert une biture mémorable à Tortuga. Et je l'ai oubliée dans les bras de Giselle ou peut être de Scarlett, peste je ne sais plus laquelle des deux. J’ai beau chercher impossible de me rappeler. Si je prends encore un peu de rhum peut être que ... je fais signe à la fille de me remettre ça ... Mon voisin me regarde, les yeux ronds, il faut dire que j'ai déjà pas mal bu. Mais je n'en ai pas assez. J’en veux plus, toujours plus ...Ah voilà mon rhum!!

 

Je bois et je me laisse aller .. Mon histoire , mes souvenirs ne me laisseront pas en paix ... alors pourquoi lutter ? Je suis si fatigué .. Je ne suis qu'un vieux pirate qui n'arrive même plus à se saouler et qui est seul , tellement seul .. Toute cette année durant laquelle j'avais récupéré mon Pearl, j'ai refusé l'évidence , refusé de reconnaître que si mon compas ne fonctionnait pas c'était parce que je voulais une chose plus que tout au monde ... Je désirais cette femme comme je n'en avais jamais désiré aucune autre mais je ne voulais pas l'admettre, c'était impossible pour un pirate comme moi ! Puis les choses se sont un peu compliquées ... comme je le redoutais, Jones a réclamé sa dette , mon âme que je lui avais stupidement offerte en échange du Pearl il y a si longtemps .. J'avais bien un moyen d'échapper à Jones mais pour cela je devais trouver deux choses: le coffre contenant son coeur et la clef qui permettait d'ouvrir de dernier sauf que mon précieux compas qui indique la direction de ce qu'on désire le plus au monde ne fonctionnait pas et pour cause !J'ai donc du fuir .... En attendant de trouver un meilleur plan.

 

C'est comme ça qu'en essayant d'échapper à Jones et à sa foutue bestiole, je me suis retrouvé dans une situation brûlante. Dont Will m'a sorti. Et moi pour le remercier, je l'ai envoyé payer ma dette à ma place, sans remords, alors que je savais pertinemment le sort qui l'attendait sur le Hollandais Volant.... Mais je savais aussi qu'il retrouverait son père là-bas. Et qu'il ferait tout pour s'en sortir pour sauver sa fiancée, enfermée par ce maudit Beckett, à cause de moi, pour m'avoir sauvé la vie...

 

Mais elle n'a pas attendu que Will vienne à son secours. Elle m'a rejoint à Tortuga. Elle cherchait envers et contre tout son précieux Will, et moi… Oh seigneur quand je l'ai reconnue j'ai cru que mon cœur allait exploser. Je rebois. Elle était là devant moi, si belle, à la fois si semblable et si différente de la jeune fille dont je me souvenais... Ses premiers mots ont été pour me demander où était Will ... Je lui ai menti. Je ne pouvais pas lui dire la vérité. Je ne pouvais pas lui dire que j'avais envoyé moi-même l'homme qu'elle aimait sur ce navire maudit ... Elle m'aurait haï pour ça. Et je ne l'aurais pas supporté ...

 

Bien entendu je ne me le suis pas avoué, même à moi. J’ai préféré expliquer mon mensonge par ma volonté farouche de l'utiliser afin de sauver ma vie en trouvant le coffre de Jones. Ce que j'ai fait du reste. Elle voulait tellement me croire, elle disait qu'elle avait confiance en moi. Que j'étais un homme bien... Bugger... Je sens la boule familière commencé à obstruer ma gorge quand je pense à la manière dont je l'ai trahie.

 

Bien sûr j'ai des excuses, j'essayais de sauver ma vie, d'échapper à mes erreurs... Mais il n'y avait pas que ça. Au fond j'étais content d'avoir envoyé Will que le navire de Jones, qu'il ne soit pas avec nous et qu’Elizabeth soit toujours Miss Swann. Durant cette période, j'étais heureux sans oser me l'avouer parce que chaque matin lorsque je montais sur le pont de mon navire, je la voyais me sourire, ses beaux cheveux retombant en cascade sur ses épaules, et chaque jour j'en voulais plus... Je n'arrivais plus à me contenter de la regarder, j'avais envie de la toucher, de la caresser, de l'embrasser. Toutes ces choses auxquelles j'avais rêvé sans oser l'avouer à quiconque. Et sa voix si douce, si chaleureuse qui me disait qu'elle croyait en moi, que j'étais quelqu'un de bien. Puis un jour, je n'ai plus réussi à résister. Elle était là et elle était pleine de promesses, et alors que j'allais enfin connaitre la douce saveur de ses lèvres sous les miennes, la marque noire a réapparu ... et nous avons trouvé le coffre. Et Will.

 

Je me suis battu avec Will et Norrington pour le coffre, pour le cœur de Jones. Mais au fond de moi je savais que je ne me battais pas que pour ça. Je l'ai fait aussi à cause du regard d’Elizabeth, de la déception que j'y ai lue lorsque Will lui a dit ce que j'avais fait... Ce n'était pas la peine de nier, pas la peine de me justifier. J’avais condamné son fiancé à une éternité de souffrance, d'esclavage à ma place et en connaissance de cause. Je l'avais trahie, utilisée...

 

Et à mesure que la situation lui apparaissait dans son intégralité, je voyais le dégoût et le rejet qui peu à peu envahissaient son visage ...Lorsque j'ai réalisé ce que je lui inspirais à présent, je me suis convaincu que ça ne représentait rien, que ma cause était juste puisque j'essayais de sauver ma vie, ma liberté et mon navire. Alors je me suis battu contre son fiancé et le commodore …Je savais pertinemment que je mourrais sans le cœur de Jones. Et je ne voulais pas mourir !! Finalement j'ai cru avoir gagné, être en position de négocier avec Jones. Mais j'avais sous-estimé ce fichu Commodore !!

 

Il m'a volé le cœur et alors Jones a lâché sa terrible bestiole sur nous. Moi je voulais vivre !!!Alors je n'ai pas hésité, j'ai pris une chaloupe et je suis parti, seul, laissant les autres affronter le Kraken, sachant qu'ils n'avaient aucune chance... J'aurais dû être heureux, j'allais m'en sortir, mais à chaque coup de rame qui m'éloignait du Pearl, je me sentais plus mal. Jusqu’au moment où une voix a résonné dans ma tête ...

« Un jour vous voudrez une chance, d'être admiré.. Et récompensé. »

Et là ... j'ai ouvert mon compas pour être sûr. Alors j'ai enfin admis que tout ce que je désirais au monde était sur le Black Pearl. Et que si je m'enfuyais je ne serais plus jamais en paix ou heureux parce que j'aurais perdu ce qui comptait le plus pour moi ...Je ne pouvais pas l'abandonner, elle avait confiance en moi ... et je voulais briller un peu à ses yeux. Je suis revenu, il ne m'a fallu qu'une fraction de seconde pour comprendre le plan de Will et me saisir du fusil qu'Elizabeth essayait vainement d’attraper. Mon cœur a fait un bond dans ma poitrine en lisant le soulagement, la confiance dans le regard d'Elizabeth lorsqu'elle m'a vu apparaître. J'ai senti ses bras autour de mes jambes alors qu'elle se plaçait contre moi et remettait une nouvelle fois sa vie et celle de Will entre mes mains. Et j'ai tiré... J'ai sauvé Will. Pour elle.

 

Ensuite, tout est allé si vite. Le Kraken était certes parti mais nous savions tous que ce n'était pas fini, que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne revienne à la charge .... J'ai alors pris une des plus difficiles décisions de ma vie : abandonner ce qui avait été pendant si longtemps mon unique but, ma raison de vivre, mon navire. Ils se sont tous hâtés vers la chaloupe. Ils n'ont pas vu à quel point ça me faisait mal de faire ça.

 

Tous...

 

Sauf elle. Elle, je crois qu'elle savait, qu'elle avait compris.

 

Bugger, un verre. J’en ai besoin. Ce souvenir fait plus mal que les autres. Ce moment auquel je repense sans cesse lorsque je ne suis pas assez ivre pour m’endormir. L'instant où pour la première fois, les lèvres de Lizzie se sont posées sur les miennes, la douceur de sa bouche, la chaleur de son corps tout contre le mien...

 

J’ai tout oublié à ce moment-là, Jones, le Kraken, la marque noire, tout... il me semblait que mon cœur allait exploser tant j'étais heureux. Cette étreinte était si semblable à ce que j'avais maintes et maintes fois imaginé... Et c'était elle qui m'embrassait comme jamais une femme ne l'avait fait jusqu'à présent. Puis, le métal froid sur mon poignet, le cliquetis du fer qui se referme sur moi et m'enchaîne à mon propre navire ... Et son regard à elle , à la fois inflexible et porteur d'une sourde tristesse, d'un désir aussi ... Sa voix raisonnable alors qu'elle m'explique que c'est la seule solution , qu'elle le fait sans regrets ... Et moi ... je savais qu'elle avait raison ... mais aussi elle venait de me prouver qu'elle était bien telle que je l'imaginais, qu'elle était un pirate comme moi .. Je ne l'en ai que plus aimée ...

 

La suite, oh la suite, était telle que l'on pouvait s'y attendre ... J'ai senti la morsure du Kraken sur ma chair ... j'ai coulé avec mon navire ... et je me suis retrouvé enchaîné à lui ...comme ma Lizzie m'avait laissé. Le Purgatoire de Jones. Les fantômes, les choses qu'on préférerait ignorer. La vérité sur soi-même. La souffrance de se voir tel que l'on est.

 

Mon voisin de tablée me regarde alors que j'étouffe un petit hoquet. Je m'en moque. Il ne sait pas ce que c'est, aucun d'entre eux ne sait. Le Purgatoire de Jones c'est une torture permanente, ça ne s'arrête jamais et il n'y a pas d'échappatoire, pas de pistolet avec une unique balle pour se brûler la cervelle.. Chaque minute, chaque seconde passées là-bas rend un peu plus fou... On n'échappe pas à soi-même ... même une fois sorti, les blessures ne cicatrisent pas ...

 

Je suis sorti de cet enfer, grâce à eux. Gibbs. Tia. Barbossa. Lizzie .Et il y avait Will ; Will dont le regard passait d'elle à moi, scrutateur, à la recherche de la moindre faille, du moindre signe de connivence entre nous. Will, qui se tenait près d’elle, comme un rappel des raisons pour lesquelles elle m'avait sacrifié. Et là je lui en ai voulu à elle. De se présenter devant moi avec lui, d'avoir utilisé mes sentiments pour elle pour le sauver, je lui en ai voulu pour toutes les souffrances que j'avais endurées depuis que j'étais ici. Et surtout de m'avoir laissé tomber amoureux d'elle.

 

Nous avons repris la mer. Mais je ne pouvais pas en rester là, je ne pouvais résister, je devais lui parler ... Je me souvenais de son étreinte, je sentais son regard se poser sur moi lorsqu'elle croyait que je ne la voyais pas. Alors j'ai cherché à savoir. Mais sa réponse a été sans appel. Peut-être parce qu'elle savait que l'équipage et Will nous écoutaient.

« Ça n'aurait jamais marché entre nous »

Et alors qu'elle prononçait ces mots, son regard, sa posture... Tout en elle me criait le contraire. Je ne pouvais pas renoncer sans combattre, la laisser partir ainsi, je devais la forcer à admettre qu'elle aussi ressentait la même chose.

« Vous aimeriez vous en convaincre »

C'est tout ce que j'ai eu le temps de lui répondre avant que le Hollandais Volant ne nous tombe dessus. Moi, j’ai affronté Davy Jones ... pendant que ma Lizzie se battait de son côté pour sa vie. Cette bataille a été terrible. J’ai failli mourir plusieurs fois ...

J'ai cru aussi que mon cœur se brisait lorsque je les ai vus ... Ma Lizzie et Will qui s'embrassaient au milieu de tout ce chaos. Leur étreinte m'a blessé plus sûrement qu'aucun coup d'épée de Jones n'aurait su le faire. Ils donnaient l'impression d'être seuls au monde. Et ils étaient devant le mât où elle m'avait embrassé et condamné. Elle me prouvait ainsi que ce baiser ne signifiait rien pour elle... Et à partir de là, plus rien n'a plus compté pour moi. J’avais perdu ma Lizzie, le reste n'avait pas d'importance. C’est sans doute grâce à ça que j'ai vaincu Jones. Je me suis jeté à corps perdu dans notre duel et j'ai gagné... Ensuite, je suis allé voir Beckett. Et j'ai récupéré le cœur de Jones, pour que ça s'arrête, pour ne pas que Lizzie soit obligée de continuer à se battre à cause de mes erreurs.

 

Mais je voulais aussi la débarrasser de cet être nuisible qu'était Beckett alors pour être sûr qu'il ne croise plus sa route, j'ai fait exploser son navire, sauf qu'en faisant ça ... j'ai créé un remous tel que le Black Pearl en a été ébranlé. Lizzie a été projetée par-dessus bord et mon cœur s'est arrêté de battre. Avant que j'aie eu le temps de plonger pour aller à son secours, j’ai vu Will entrer dans les eaux glacées et la ramener, inanimée, sur le pont avant de sombrer à son tour dans l’inconscience.

 

A ce moment de mon histoire j'ai de plus en plus de mal à maîtriser mes sentiments. Je sais ce que les gens autour de moi pensent en me voyant ainsi ; les yeux brillants, la main qui tient le verre tremblante. Ils pensent que je ne suis qu'un pauvre ivrogne. Ce qui est en partie vrai. Ils ne peuvent pas savoir la somme de regrets et de peine qui m'accompagne. J’en suis presque à la fin de mon histoire, et à la fin de cette bouteille...

 

Encore un verre pour me donner le courage d'affronter mon passé ... Après que Will ai repêché Elizabeth, je l'ai fait transporté dans une cabine et j’ai laissé l'équipage le soigner. Quand à Lizzie, je ne pouvais me résoudre à la laisser, à feindre l'indifférence ... Je l'ai prise dans mes bras et je l’ai portée jusqu'à ma cabine sans qu'aucun membre de l'équipage n'ose souffler mot. Probablement parce qu'ils ont lu sur mon visage à quel point j'étais désespéré par la froideur de son corps... Je me souviens l'avoir débarrassée rageusement de ses vêtements trempés, ne lui laissant que sa fine chemise afin de protéger sa pudeur. Puis je l'ai enveloppée dans une couverture et je l’ai serrée contre moi parce que je ne savais pas quoi faire d'autre pour la faire revenir. Et au bout d'un long moment, j'ai senti son corps se réchauffer tout contre le mien, tandis qu'elle bougeait faiblement dans mes bras

« Jack, avait-elle murmuré, où est-il ? »

Je croyais qu'elle parlait de Will alors et doucement je lui ai répondu qu'il était sauf, qu'elle ne devait pas s’inquiéter, qu'il se reposait mais qu'on prenait bien soin de lui. Déjà je sentais la morsure cruelle de la jalousie tandis que je desserrais mon étreinte autour d'elle à regret, sachant très bien qu'à présent elle n'avait plus besoin de mes bras pour se réchauffer. Je me préparais à la laisser lorsqu'elle a repris la parole.

« Je ne parlais pas de Will » a t-elle dit d'une voix douce.

Elle a ouvert les yeux et les a plongés dans les miens. Un fol espoir m'a traversé alors, tandis que je me penchais sur elle ...

« Lizzie ne faites pas ça... Ne jouez pas avec moi pas encore » lui ai-je répondu tout bas, ne sachant pas comment lui dire à quel point je tenais à elle, à quel point ce jeu était cruel envers moi.

 

Elle était devant moi, si pâle, si belle, si désirable... Et elle a laissé ses yeux dans les miens pour me répondre d'une voix si basse que j'ai dû me pencher un peu pour l'entendre.

« Je ne joue pas Jack, plus maintenant je veux savoir ce que ça fait, je vous veux, vous. »

J'ai cru que mon cœur allait s'arrêter de battre en entendant ces mots. Elle me voulait !! Moi c'était moi qu'elle voulait !! Je lui ai rendu son sourire tout en caressant enfin ses longs cheveux. Lentement je me suis penché sur elle, prêt à goûter à nouveau à ses lèvres

« Je savais que vous ne pourriez pas me résister ma Lizzie » lui ai-je dit en effleurant sa bouche.

J'ai été transporté par son sourire alors qu'elle me répondait dans un souffle « Vous aviez raison Jack. Deux gouttes d'eau »

Puis, elle m’a embrassé.

A l'instant où ses lèvres ont rejoint les miennes, j'ai perdu pied et j'ai laissé sortir tous les sentiments que je tenais cachés depuis des mois. Je la serrais enfin dans mes bras, je promenais mes mains sur son corps, je caressais chacune de ses courbes comme j'avais si souvent rêvé de le faire tandis que notre baiser devenait de plus en plus passionné ...Ce jour-là ...

 

Le plus beau de ma vie...

 

Jusqu’à ce que Will ne nous surprenne et nous ramène brutalement à la réalité.

 

Je me souviens lui avoir fait un petit sourire cynique, espérant qu'il comprenne et parte, nous laisse seuls enfin, tandis que Lizzie tentait une explication vite interrompue par son fiancé. Will ne la voyait pas, il ne l'écoutait pas. Il m'a regardé et j'ai lu la haine et le meurtre dans ses yeux tandis qu'il sortait son épée. J'ai su à cet instant qu'il était décidé à me tuer et que le combat ne s'arrêterait qu'à la mort de l'un d'entre nous. Je me suis défendu avec ardeur, je ne voulais pas mourir, pas maintenant que mon bonheur me tendait enfin les bras. Mais Will était fort, très fort et il était porté par la haine. Il m'a blessé au bras et alors que le sang giclait, durant une fraction de seconde j'ai vu une joie mauvaise envahir ses traits. Peut-être que Lizzie l'a vue aussi. Et qu'alors elle a compris la nature de notre combat. Elle s'est interposée, mais Will était aveuglé par le chagrin et la rage.

 

Il l'a repoussée brutalement afin de continuer le combat. Et là, je, je l'ai vue tomber, j'ai vu sa tête heurter la table et le sang inonder le sol autour d’elle. A cet instant rien n'a plus eu d’importance. J’ai lâché mon épée pour aller vers elle, il aurait pu me tuer à cet instant, je m'en moquais. Je l'ai prise dans mes bras, j’avais déjà compris que son cœur avait cessé de battre mais je ne pouvais me résoudre à l’abandonner. Je me rappelle avoir pleuré sans parvenir à m'arrêter. De l’avoir suppliée de ne pas me laisser et l’avoir bercée contre moi comme si ce simple geste pouvait me la ramener... Jusqu'à ce que Will ne tente de m'écarter d’elle, violement.

 

Il disait que je lui avais fait assez de mal, mais je ne voulais pas la laisser , pas avec lui .. Je l'ai gardée dans mes bras, longtemps, inconscient de ce qui se passait autour de moi, du départ de Will, de tout ce qui n'était pas elle ... Longtemps j'ai gardé son corps froid contre le mien, essayant vainement de lui rendre la chaleur de la vie. J’ai embrassé encore ses lèvres et l’ai caressée comme un amant, comme j'avais toujours rêvé de le faire. J’ai goûté la douceur de sa peau encore si veloutée même dans la mort. Je ne pouvais pas m'arrêter, elle était si belle, son corps était si souple sous mes doigts que je ne pouvais pas admettre qu'elle était morte. C'est Gibbs aidé de Ragetti qui me l'ont arrachée. Je vois encore l'air de dégoût qu'ils arboraient tous les deux. Puis, ils m'ont laissé sur une île, seul. Pour la seconde fois de ma vie mon équipage s'est mutiné, cette fois au bénéfice de Will ...

 

Mais je m'en moque bien, je ne suis pas sur une île, pas plus que dans une taverne à Tortuga, je suis auprès d'elle. Rien qu'au souvenir de sa peau sous mes doigts, de la saveur de sa bouche j'oublie tout ce qui n'est pas elle, et une fois de plus je suis submergé par le désir qu'elle m'inspire même encore à présent. Il est toujours là, gravé dans mon âme. Ma main tremble alors que je termine mon verre, je sais que j'ai le regard vague. Et je suis ailleurs, je suis avec elle, j'entends son plaisir alors que je la caresse…

 

Je suis ramené brutalement à la réalité par une main qui se pose sur mon épaule

« Jack ? »

Je n'en crois pas mes yeux en découvrant celui qui se tient devant moi, son regard est tel que je m'en souviens et sa voix est douce comme s'il m'avait pardonné.

« William ... » Lui dis-je.

Ma voix tremble un peu alors que j'ai devant moi l'homme qui a aimé Lizzie avant moi, qui a longtemps été pour moi ce qui ressemblait le plus à un ami et que j'ai trahi en lui volant sa fiancée, le poussant à se battre et à ce geste .. Qui a coûté la vie à celle que nous aimions tous les deux. Ce geste pour lequel il ne doit cesser de s'en vouloir depuis que c'est arrivé et malgré tout il est là devant moi. Sa main est légère sur mon épaule et son regard ne laisse entrevoir aucune rancune.

« Oui... Je suis venu te chercher Jack, tu ne peux pas rester seul ici. »

Et alors qu'il prononce ces mots sa voix est presque tendre

« Tu m'as pardonné... Lui dis-je sans trop oser y croire

- Oui je t'ai pardonné. »

 

Je sens mon cœur s'emplir de gratitude devant sa nature, bonne, généreuse et je me souviens à quel point Lizzie l'aimait. Je veux qu'il sache, j'ai besoin de lui dire que je ne voulais pas le blesser, que ce n'était pas un jeu pour moi , que je ne lui ai pas volée par plaisir .

« Je, Will... Je l’aimais. »

Et alors que je dis ces mots, je me rends compte que c'est la première fois que je les prononce, même à elle je ne l'ai jamais dit. Je sens le bras de Will autour de moi alors qu'il m'aide à me lever comme seul le ferait un ami. Du fond de ma détresse et des brumes de l'alcool je lui souris. Nous arrivons sur le Pearl, mon précieux navire... Le grand mât est toujours là, je ne peux m'empêcher de le caresser

«  Lizzie.. »

Je pense à elle, elle est partout sur ce navire, j'ai l'impression de revoir son sourire, de l'entendre... Je la cherche inconsciemment du regard tandis que ceux qui étaient mon équipage semblent éviter mon regard.. Qu’importe, je suis perdu dans mes souvenirs, auprès d'elle. Will est là aussi mais aucun d'entre nous ne ressent le besoin de parler

 

Le rappel à la réalité est dur, très dur. La silhouette d'un navire se détache dans la brume...

« Le Hollandais Volant. » Ne puis je m'empêcher de murmurer

Alors Will s'approche de moi, lentement, comme un chat s'approche de sa proie, son sourire n'a plus rien de doux ou de tendre...

« Oui…Vois-tu Jack tu m'as appris il y a fort longtemps que la force n'était pas le meilleur moyen de parvenir à ses fins... Que le tout était d'avoir un moyen de pression ... »

 

Je ne peux retenir un rictus cynique alors que je réalise le plan de Will. Finalement je me suis trompé sur lui, il a compris le jeu. Et il a su se servir de toutes ses cartes. Ma réponse tarde à venir alors qu'il soutient ironiquement mon regard.

« Tu ne m'as pas pardonné. »

Et alors que je lui dis ces mots, il me sourit pour toute réponse et son sourire est le parfait reflet du mien, enfin de celui qui était le mien, lorsque j'étais un pirate sans âme et sans cœur, lorsque je n'aimais pas.

 

Jones monte sur le Pearl d'un pas assuré et c'est comme si la mort venait m'étreindre. Je lis dans le regard de Will, je vois sa satisfaction alors qu'il s’apprête à m'échanger contre son père. Je reconnais aussi une dose de cruauté que je n'aurais jamais cru voir chez lui. Je ne peux réprimer un frisson ... oui Will a changé finalement, il n'est plus le gentil forgeron que j'ai connu. Je les entends régler les détails de leur tractation avec Jones puis ce dernier pose sa pince sur moi sans que personne ne proteste. Will serre son père dans ses bras et je ne peux m'empêcher de penser qu'il a respecté sa promesse, atteint son but.

 

« Pirate » lui dis-je songeant avec tristesse à la dernière fois où j'ai prononcé ce mot... À ma Lizzie ....

Comme elle, Will ne répond pas, mais cette fois c'est moi qui quitte le Pearl ... Jones m'entraîne sur le Hollandais Volant. Il me fait une caricature de sourire avant de me dire avec une certaine ironie qui n'attend pas de réponse

« Tu vois Jack, finalement tu tiendras ta promesse, une éternité de service, une éternité d'esclavage ... »

 

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Commentaires : 6
  • #1

    Wizzette (samedi, 03 décembre 2011 20:08)

    C'est trop triste, mais bien. Pauvre Jack

  • #2

    JessSwann (samedi, 03 décembre 2011 20:16)

    Merci
    Oui pour le coup, Jack a tout perdu...

  • #3

    Jen Sparrow (jeudi, 29 décembre 2011 14:09)

    Je vais pleurer... Non je rigole mais tu es si cruelle avec Jack !! C'est magnifiquement bien décrit, les deux points de vues sont super au final on les plaint tout les deux, même s'il est clair que Jack est le grand perdant de l'histoire

  • #4

    JessSwann (jeudi, 29 décembre 2011 14:18)

    Erf désolée,je ne fournis pas les mouchoirs...Et ouis pour le coup Jack est perdant :(

  • #5

    Jen Sparrow (vendredi, 30 décembre 2011)

    Pas grave, j'en avais mdr. Ah ça pour être perdant...!

  • #6

    JessSwann (vendredi, 30 décembre 2011 08:09)

    Erf enfin celle qui perd le plus finalement c'est Lizzie gloups les coins de table tssss