Chapitre 5 Des gonds à demi cylindre

Jack ouvrit un œil vitreux et observa ce qui l’entourait. Il s’assombrit devant la pénombre humide qui régnait dans le cachot dans lequel il croupissait depuis si longtemps qu’il ne parvenait pas à savoir combien de temps s’était écoulé depuis sa capture sur l’île. Il semblait au pirate que cela faisait des semaines qu’on le déplaçait de geôle en prison, le privant non seulement de la liberté mais aussi de la lumière du soleil, oublié parmi les ombres qui peuplaient la cale humide du Hollandais Volant. Depuis que James Norrington avait disparu avec Elizabeth il n’avait revu personne, Jones s’étant contenté de le jeter dans cette geôle et de l’y laisser sans la moindre visite. Jack ne savait pas s’il devait s’en réjouir ou au contraire le regretter. Il connaissait suffisamment Jones pour savoir que, loin de l’avoir oublié, ce dernier le laissait attendre à dessein, ce qui n’augurait rien de bon. Il blêmit en se souvenant que Norrington l’avait en quelque sorte « échangé » contre Elizabeth, suggérant à Jones d’user de lui comme il avait usé de la jeune femme.

 

Son cœur se serra en imaginant les outrages que Jones avait dû faire subir à Elizabeth, la cruauté du poulpe avec les femmes était légendaire, il faisait payer à toutes celles qui avaient l’infortune de tomber dans ses tentacules l’abandon de Calypso… Cependant c’était la première fois à la connaissance de Jack que Jones osait toucher une de ces malheureuses, se contentant habituellement de les tuer. Mais cette fois cela avait été différent. Elizabeth était différente des autres femmes, elle était juste comme lui… A quelques détails près. Jack se demanda un instant ce qu’elle pouvait bien penser de lui à présent et songea que si il avait une seule chance de lui prouver qu’il était quelqu’un de bien il la saisirait. En souriant de sa propre bêtise, Jack s’allongea et commença à chercher un moyen de s’enfuir du navire maudit… 

 

()()

 

Elizabeth sursauta en entendant frapper à la porte de sa cabine elle se pressa de réajuster sa robe et retint un soupir en entendant la voix impatiente de James s’enquérir d’elle. Cela faisait presque une semaine que l’Amiral l’avait « libérée » et forcé Jones à lui faire donner la cabine la plus confortable du navire maudit, la mettant en position de commander ses anciens tourmenteurs qui ne se privaient cependant pas de la suivre des yeux avec une expression lubrique lorsqu’elle s’aventurait seule sur le navire. Évidemment, James lui avait proposé de la mener à terre, auprès de son père mais elle avait refusé en prétextant des souvenirs douloureux à Port Royal. James s’était donc contenté d’une brève missive indiquant au gouverneur que sa fille allait bien mais que son futur gendre était hélas mort dans des circonstances malheureuses. Un bel euphémisme pour exprimer la lâcheté et l’ambition égoïste de Norrington, avait pensé Elizabeth en lisant la lettre mais se gardant bien de le laisser paraître. A la place, elle avait fondu en larmes et laissé James lui murmurer à quel point il était désolé pour elle…

 

Elle alla ouvrir la porte et sourit tristement à James, retenant son irritation devant le regard brûlant qu’il posait sur elle. L’amiral se croyait différent mais il ne la regardait pas autrement que les autres membres du Hollandais Volant et parvenait de moins en moins à cacher le désir qu’elle lui inspirait.  

« Aimeriez-vous faire une promenade sur le pont Elizabeth ? Lui demanda-t-il galamment en affichant un air de sollicitude

- Non James. Merci je me sens un peu lasse. » 

Norrington la dévisagea, un peu inquiet, mais Elizabeth chassa ses inquiétudes d’un sourire radieux.

« Pourquoi pas ce soir James ? Je crois que je préférerais que vous m’emmeniez en promenade cette nuit… »

Le pouls du soldat accéléra brutalement à ces mots… Depuis plusieurs jours, il s’était rapproché de la jolie jeune fille qu’il n’avait jamais cessé d’aimer et que la mort de Will avait opportunément libérée de tout engagement sentimental. Aux regards ironiques dont le gratifiait parfois Jones, Norrington avait compris que sa chère Elizabeth avait été abusée par ces monstres mais il jugeait plus délicat de ne pas en faire état, Elizabeth ne voulant apparemment pas en parler. De même, la décision de la jeune femme de rester à bord du Hollandais Volant l’avait surpris mais il devait bien avoué qu’il en était ravi, profitant de cette occasion pour se rapprocher d’elle sans qu’elle ne semble lui opposer de résistance.

« Je, si vous voulez Elizabeth… Je ferais comme il vous plaira. »

La jeune fille lui sourit une nouvelle fois puis déposa un léger baiser au coin de la bouche de Norrington qui laissa ce dernier sans voix.

« A ce soir dans ce cas … Amiral. »

James, la regarda et rougit légèrement devant ce qui lui paraissait être rempli de promesses puis prit la main de la jeune femme pour un déposer un baiser léger.

« A ce soir Elizabeth. « Murmura-t-il d’une voix rauque avant de sortir de la pièce.

 

Une fois qu’il fut sorti, le regard d’Elizabeth se durcit tandis qu’elle se penchait vers le miroir pour arranger ses cheveux. Elle ne reconnaissait plus la femme dont elle voyait le reflet dans la glace. Elle était devenue étrangère à elle-même comme si une partie d’elle était morte en même temps que Will. Des larmes amères remplirent ses yeux sombres en évoquant une nouvelle fois la mémoire du jeune forgeron et le reflet de l’inconnue se brouilla.

 

Qu’elle était loin la jeune fille qui attendait le jour de ses noces pleine d’espoir et de rêves…

 

Elizabeth Swann releva fièrement la tête et resserrera son corset pour faire ressortir la blancheur nacrée de sa poitrine puis essuya les larmes qu’elle s’était accordée avant de sortir d’un pas décidé.

 

()()

 

Jack se redressa en entendant un pas léger retentir dans l’escalier et se détendit en voyant Elizabeth apparaître devant lui. Il sourit sans s’en rendre compte devant la blondeur angélique de la jeune femme qui à elle seule apportait de la lumière dans sa misérable prison. Elizabeth lui lança un bref regard avant de tomber à genoux devant les barreaux qui les séparaient.

« Jack… je … je vais avoir besoin de votre aide. »

 

Jack la regarda, le cœur chaviré devant son expression perdue et l’angoisse qui agrandissait ses yeux. Agenouillée devant lui, les yeux presque humides, elle avait tout de la demoiselle en détresse et Jack se sentit soudain l’âme d’un chevalier servant. Il s’approcha à son tour des barreaux, décidé à saisir l’occasion qu’elle lui offrait de lui prouver qu’il n’était pas que le lâche qui l’avait abandonnée lorsque le Kraken avait attaqué. Il posa doucement sa main sur la sienne, leurs doigts s’épousant autour des barreaux de la prison.

«  Lizzie.. Je, pour Will je suis désolé. Sachez bien que si je pouvais… » Commença Jack.

 

Elizabeth le regarda d’un air curieusement détaché, l’esprit empli de souvenirs.. Une autre geôle, d’autres serments, un autre homme… C’était elle qui était prisonnière alors. Un instant il lui sembla revoir Will agenouillé devant elle, si beau dans son costume de futur marié…

« Je t’attendrais…

- N’oublie pas de surveiller l’horizon »

 

La voix de Jack la sortit de ses souvenirs douloureux.

« Il faut que nous partions d’ici Lizzie. »

La jeune femme retira vivement sa main que Jack retenait prisonnière

« Et laisser le responsable de la mort de Will jouir de la vie ? Non Jack. Je ne partirai pas… je vais tuer Jones, avec ou sans votre aide. » Asséna-t-elle les yeux brillants de rage.

Jack passa sa main à travers les barreaux et caressa la joue veloutée d’Elizabeth avec douceur.

« D’accord trésor, on va tuer Jones. Répéta-t-il à son grand étonnement, les yeux dans ceux de la jeune femme

- Je savais que vous étiez quelqu’un de bien. » Murmura Elizabeth en approchant de la geôle, ses lèvres à quelques centimètres de celles du pirate.

Jack déglutit nerveusement, avançant instinctivement les lèvres pour goûter ce qui restait douloureusement hors de sa portée. Elizabeth sourit et continua d’une voix traînante.

« Cette nuit Jack… Mercer sait où se trouve le coffre contenant le cœur de Jones, Norrington a la clef. Je me charge de Norrington, vous vous occupez de Mercer… Et au petit matin nous nous retrouvons pour que chacun reçoive la juste récompense de ses actes… »Termina-t-elle dans un souffle.

 

Jack la fixa, cherchant la faille dans son plan mais plus il y songeait plus ça lui paraissait une bonne idée de se débarrasser de Jones, le Hollandais Volant se retrouverait ainsi sans capitaine et comme il était justement sans navire… Un sourire naquit sur les lèvres de Jack en songeant qu’il pourrait du même coup posséder la jolie Lizzie et ainsi assouvir un désir qui n’avait cessé de grandir dans ses reins. Puis son regard se posa sur les barreaux solides et son sourire mourut.

« Vous oubliez un détail trésor… Je suis enfermé ici, je ne vois pas comment dans ce cas je pourrais m’emparer du coffre… »

 

Elizabeth maîtrisa son irritation avant d’examiner les barreaux. Sans dire mot, elle recula et farfouilla parmi les déchets jonchant le sol de la cale. Finalement elle exhiba une longue tige de fer d’un air triomphant.

« Ce sont des gonds à demi cylindre. Expliqua-t-elle

- Une simple pression suffit pour les ouvrir. » Termina Jack, un grand sourire aux lèvres se rappelant vaguement avoir déjà entendu ça.

Elizabeth hocha la tête et lui tendit la tige de fer.

« Servez-vous en pour faire levier cette nuit. »

 

Jack la saisit et dévisagea intensément la jeune femme.

« Vous pouvez compter sur moi trésor, je trouverais le coffre. »

Elizabeth lui sourit en réponse.

« C’est tout ce que je vous demande Jack… »

Avant qu’ ’il ait le temps d’ajouter quoique ce soit, elle s’élança dans l’escalier et rejoignit la lumière, le laissant seul parmi les ombres de la cale. D’un air nonchalant, un sourire aux lèvres, Jack se rejeta en arrière. Il lui suffisait de patienter et bientôt tout serait à lui, la liberté, le Hollandais Volant.. Et Elizabeth Swann.

 

()()

 

Le soleil venait à peine de disparaître à l’horizon, lorsque James Norrington, le cœur empli d’espoir se présenta à la porte de la cabine d’Elizabeth Swann. Il le sentait ce soir allait voir l’aboutissement de sa vie entière. Il avait réussi à reprendre la place que Sparrow et Turner lui avaient volée, il était même devenu amiral et la seule chose qui manquait à présent à sa vie était la femme qu’il avait choisie il y avait de cela de nombreuses années. Il se sourit en songeant qu’après cette nuit, Elizabeth Swann serait sienne et frappa à la porte de la cabine

 

Elizabeth sursauta en l’entendant et porta une main hésitante à sa gorge, avant de se rappeler ce pourquoi elle agissait. Se reprenant, elle ouvrit la porte en grand et sourit à James. L’amiral resta muet un instant devant la jeune femme qui s’était largement servie dans les prises que le Hollandais Volant avait amassées en coulant les navires pirates durant la semaine écoulée. Le regard de James glissa sur les épaules audacieusement découvertes et la soie rosée de la robe qui bruissait à chaque mouvement d’Elizabeth. Il sourit avec émerveillement devant la coiffure compliquée qui laissait la nuque découverte et le décolleté orné d’un unique médaillon qui reposait sagement entre les seins de la jeune femme. Un instant James ne fut plus à bord d’un navire rempli de monstres mais à Port Royal dans une salle de bal avec à son bras, la plus charmante femme qu’il eut jamais rencontré.

 

Elizabeth le regarda avec satisfaction, lisant dans les yeux de James qu’elle avait atteint son but. Elle l’invita à entrer d’un geste avant de se détourner, cherchant manifestement quelque chose

« Je suis à vous dans un instant James… Juste le temps de trouver mon châle. »

James sourit en la voyant chercher avant d’aviser l’écharpe de soie non loin de lui, d’un geste souple il saisit le châle de mousseline et s’approcha d’Elizabeth.

« Permettez. » Dit-il en posant l’étole sur les épaules nues de la jeune femme

Elle releva la tête brutalement, leurs yeux se croisèrent dans le miroir et elle inclina imperceptiblement la tête.

 

Les mains tremblant légèrement sur les épaules chaudes de la jeune femme, James laissa glisser l’étoffe dont il venait de la couvrir et approcha lentement ses lèvres de la nuque offerte. Ses yeux ne quittaient pas le reflet de ceux d’Elizabeth, quêtant un accord. Elizabeth sourit lentement et recula légèrement tandis que James embrassait son cou. Elle sentit le cœur de l’amiral cogner contre son dos. Un petit sourire satisfait lui vint tandis qu’elle tournait son visage vers James et laissait ce dernier prendre ses lèvres pour un baiser fiévreux, un baiser qui menaçait depuis la demande en mariage qu’il lui avait jadis faite sur les remparts de Port Royal.

 

Elizabeth attira l’amiral contre elle tandis que leurs langues se rejoignaient, se goûtant d’abord avec hésitation avant de s’épouser. Elle soupira en sentant les mains brûlantes de James faire glisser la robe sur ses épaules et ferma les yeux lorsque son corset se desserra sous les doigts de l’amiral. Le cœur de James battait follement dans sa poitrine lorsqu’il dévoila le corps tant désiré, un gémissement de bonheur franchit ses lèvres lorsqu’il sentit les mains d’Elizabeth défaire hardiment sa chemise. La jeune femme le poussa alors vers la couche qui semblait les attendre. Leurs bouches se séparèrent, les laissant tous deux à bout de souffle et James prit la parole.

« Elizabeth… Je, si c’est trop tôt, je ne voudrais pas. » Commença-t-il sans conviction.

 

Elle fit taire d’un nouveau baiser avant de faire un pas vers lui, laissant sur le sol la robe splendide qui la couvrait quelques minutes auparavant. Le regardant dans les yeux elle défit son pantalon avant de le forcer à s’asseoir. James n’osait plus bouger, il la regarda approcher comme dans un rêve devenu brutalement réalité et retint son souffle lorsqu’elle vint s’asseoir sur lui.

 

Elizabeth eut un petit sourire lointain en se laissant glisser sur le sexe en érection de James et gémit à son tour en le sentant en elle. Sans le quitter des yeux, elle commença à onduler son bassin sur lui, laissant l’amiral pétrir sa poitrine avec impatience avant de poser ses mains sur ses hanches pour guider la jeune femme. Les yeux demi clos dans un simulacre de plaisir, Elizabeth allait et venait sur la verge de Norrington, la sentant grossir en elle à mesure que les gémissements de l’amiral emplissaient la pièce. Avec une froideur quasi professionnelle, elle observa les traits du visage de l’amiral et savoura la manière dont-ils se tendaient sous l’effet du plaisir. Lorsqu’il fut sur le point d’exploser en elle, elle s’arrêta net et apprécia la frustration naissante sur les traits de l’amiral qui la regarda d’un air perdu.

« Oh seigneur Elizabeth.. Gémit-il. Elizabeth je vous aime. »

 

Le regard de la jeune femme s’assombrit un instant, se chargeant d’orage puis, avec un lent sourire, elle recommença à faire glisser le sexe de Norrington en elle. Elle se cambra en arrière lui offrant ainsi la vision de son corps et cacha son visage. Les mains de Norrington se crispèrent sur ses hanches tandis qu’Elizabeth gémissait à son tour, excitant d’autant plus Norrington. Elle se redressa légèrement et observa le visage tendu par le plaisir de Norrington qui tenta de prendre ses lèvres. Elizabeth se recula doucement et murmura.

« Jouis en moi James… Viens… Laisse toi aller. »

Les mains de l’amiral étreignirent ses hanches jusqu’à lui faire mal tandis qu’un violent orgasme le secouait, les dernières paroles de la jeune femme ayant eu raison de lui.

 

 

Ils se séparèrent en silence, James vaguement honteux d’avoir usé d’elle comme d’une fille de joie et encore troublé par la sensualité qui émanait de celle qu’il avait toujours considérée comme une innocente, malgré ce qu’il avait soupçonné sur son expérience à bord du Hollandais Volant. Il la regarda et sut qu’il n’avait pas menti, qu’il l’aimait, qu’elle était toujours celle avec qui il voulait passer le reste de ses jours. Il s’éclaircit la voix tandis qu’elle allait passer une robe d’intérieur. Souriant de sa brusque pudeur, James commença.

« Elizabeth. J’étais sérieux tout à l’heure. Je vous aime, je vous ai toujours aimée…Si vous me faisiez l’honneur d’accepter de m’épouser je vous promets de prendre soin de vous et de vous rendre heureuse jusqu’à ce que la mort m’empêche de le faire. »

La jeune femme resta un moment silencieuse, lui tournant le dos, pendant que James bourrelé de doute se traitait mentalement d’idiot. Finalement, Elizabeth se tourna vers lui

«  Oui. »

Le cœur de James s’arrêta de battre un instant et il la regarda vaguement incrédule

« Oui ? »

Elizabeth fit un pas dans sa direction et répéta doucement.

«  Oui James. »

Fou de joie, il la serra contre lui, et couvrit son visage de baisers tout en balbutiant des serments d’amour

« Tout Elizabeth, je vous le jure je vous offrirais tout ce que vous pouvez désirer. Il vous suffit d’ordonner. »

Elizabeth le regarda, les yeux brillants.

« En fait James, j’aimerais être sure que vous avez confiance en moi… »

Norrington l’embrassa avec ferveur.

« Toujours Elizabeth…Comment pourrais-je vous le prouver ?

- Confiez-moi votre bien le plus précieux en cadeau de mariage. » Souffla la jeune femme

James, la regarda éperdu et songea qu’elle était ce dernier, jusqu’à ce qu’une autre chose lui vienne à l’esprit. Il porta sa main à ses lèvres et se dirigea vers la porte.

« Attendez-moi Elizabeth… » Dit-il avant de sortir.

 

()()

 

Tandis que James faisait l’amour avec Elizabeth, Jack luttait avec les gonds de sa cellule. Il avait cassé le levier improvisé que lui avait donné Elizabeth et avait dû rechercher un nouvel outil pour faire sauter les gonds que l ‘humidité avait fait gonfler. Au bout d’une bonne heure d’efforts, un craquement résonna, signalant à Jack qu’il était libre. Un sourire aux lèvres, le pirate sortit avec nonchalance de sa prison avant de s’engager avec prudence dans les escaliers. Il hésita un bref instant devant la porte de la geôle de Bill le Bottier puis finit par passer devant lui. Il ne pouvait pas s’offrir le luxe de délivrer le père de Will, sa présence augmenterait ses risques d’être découvert et alors il ne pourrait plus jamais échapper à Jones.

 

Jack suivit à pas de loup la montée d’escalier avant de se reculer brutalement en arrière en apercevant Jones. Un pli soucieux barrait le front tentaculaire du poulpe qui se dirigeait vers sa cabine. Jones était perturbé, cela faisait une semaine que les souvenirs de son histoire avec la traîtresse Calypso lui revenaient en mémoire et le harcelaient. Tout ça parce que cet objet immonde, ce cœur dont il ne voulait plus était à bord du Hollandais Volant avec ceux qui étaient à présent ses maîtres. Comme si l’océan pouvait obéir à quelqu’un ! Jones jeta un regard à la cabine dans laquelle se trouvait la maudite femelle qui se pavanait sur le Hollandais Volant comme si elle en était la reine alors qu’elle n’en était que la catin. Jones vit Norrington sortir avec empressement de la cabine de la jeune femme, et se contracta en lisant sur le visage de son esclavagiste une expression qu’il ne connaissait que trop bien. L’amour, cette chose répugnante qui faisait faire des folies aux pauvres marins qu’ils soient simples pécheurs ou amiral. Un sourire cruel déforma ses traits tandis qu’il songeait que Norrington ne faisait pas exception à la règle, ensorcelé lui aussi par une de ces créatures diaboliques. Avec un haussement d’épaules méprisant, Jones passa son chemin, et regagnât sa cabine d’où s’échappèrent quelques minutes plus tard les accords rageurs de la mélodie qui hantait le poulpe.

 

Jack resta dans son coin sombre et observa à son tour le visage de Norrington alors qu’il passait devant lui sans prêter attention à ce qui l’entourait. L’amiral si dur qui l’avait donné sans hésiter à Jones avait à présent l’air rêveur et se pressait manifestement dans un but bien précis. Jack sourit en songeant qu’Elizabeth ne devait pas y être étrangère, cette jeune fille était un vrai pirate, ne reculant devant rien pour atteindre son but. Un fugace instant il se demanda ce qu’elle avait fait à Norrington avant de décider que cette question viendrait plus tard. Prudemment, il se faufila sur le navire pour chercher le coffre.

 

Au bout d’un moment, après avoir manqué un nombre incalculable de fois d’être découvert, Jack entra dans une cabine plus sombre que les autres, attiré par un battement régulier. Il était là ! Le coffre était tout simplement posé sur une table. Se délectant d’avance de la réussite de son plan et des avantages qu’il allait en retirer, Jack avança vers le coffre. Il posait les mains dessus lorsqu’une voix le coupa dans son élan

« Vous ne croyiez tout de même pas que ce serait aussi facile Sparrow ? »

Jack s’immobilisa net en sentant le canon glacé d’une arme sur sa tempe.

« Bugger. » Dit-il en se retournant lentement vers Mercer.

Chapitre 4                                                                                                Chapitre 6

Écrire commentaire

Commentaires : 0